Vous avez récemment adapté en bandes dessinées, Juste après la vague, roman publié par la romancière Sandrine Colette en 2018. Qu’est-ce qui vous a séduit dans cet ouvrage ?
Dominique Monféry : C’est d’abord l’originalité du résumé du livre qui m’a beaucoup attiré lorsque je l’ai vu. Ensuite, en le lisant, c’est le contraste entre les deux événements qui m’a séduit. Dans le livre de Sandrine Colette, nous avons d’une part les enfants qui essaient de survivre en autonomie sur l’île après leur abandon et d’autre part, les parents qui vivent une série de drames dans leur barque depuis leur départ de chez eux. J’ai trouvé intéressant de montrer ce contraste, donc j’ai communiqué à Nadia Gibert, mon éditrice chez Rue de Sèvres, mon envie d’adapter le roman en BD. Celle-ci a acquis les droits pour une adaptation, après avoir aussi lu et apprécié le livre de Sandrine Colette.
Juste après la vague met en scène un récit bouleversant : celui d’une famille où les parents font le choix d’abandonner une partie de leurs enfants, notamment ceux ayant des maladies, pour partir avec ceux étant en bonne santé et qu’ils espèrent sauver…
Dominique Monféry : En effet, ça a été un choix difficile pour les parents, même s’ils ne l’expriment pas de la même manière. D’un côté, il y a le père qui pense savoir ce qu’il faut faire pour sauver sa famille, mais malheureusement, il ne s’y prend pas de la bonne façon. De l’autre, il y a la mère qui entretient un rapport un peu plus intime et émotionnel avec les enfants, d’où sa tristesse durant et après la séparation. C’est un aspect qui m’a énormément touché, car j’ai senti que les rapports humains étaient très importants pour Sandrine Colette dans son livre. Peut-être est-ce aussi pour cela que le roman ne met pas énormément la catastrophe en exergue, même si les personnages vivent plusieurs épreuves dans l’histoire.


Comment s’est déroulée l’adaptation du livre en bandes dessinées ?
Dominique Monféry : D’habitude, j’essaie de rester fidèle à l’œuvre que j’adapte en bandes dessinées. Mais cette fois-ci, j’ai pris quelques libertés puisque le livre de Sandrine Colette était divisé en trois parties bien distinctes : la première partie montrait les enfants sur l’île, la deuxième partie montrait les parents dans la barque, la troisième partie, quant à elle, était consacrée à la résolution de l’histoire. La lecture d’une bande dessinée étant différente de celle d’un roman, j’ai décidé de créer une structure narrative différente qui permettrait au lecteur de comprendre efficacement le récit dans sa globalité.
L’une des réussites de ce livre est corrélée à votre trait éminemment mythologique…
Dominique Monféry : C’est en partie liée à l’aspect mythologique du récit qui m’a également poussé à l’adapter en bandes dessinées. C’est un aspect que j’ai ressenti durant ma lecture, d’où mon choix d’opter pour certaines compositions oniriques tout en faisant attention à ce que subsiste l’aspect très réaliste de l’aventure humaine est au cœur de l’album.


Vous avez un style de dessin magnifique. Comment le qualifierez-vous ?
Dominique Monféry : C’est un style en construction, qui évolue et mûri à chaque album. Quand j’ai commencé à travailler dans la bande dessinée, je n’avais pas vraiment de style défini. Je testais plein de choses pour voir ce qui irait bien avec le récit. Je fonctionne désormais ainsi pour chaque livre. Encore aujourd’hui, je suis à la recherche de nouveaux styles de dessins pour de nouveaux projets, car je considère que chaque livre doit avoir son propre univers et un style de dessin différent.
N’est-ce pas un pari risqué à l’heure de la surproduction éditoriale ?
Dominique Monféry : C’est là où je considère que j’ai beaucoup de chances parce que mes éditeurs et mes lecteurs me font confiance à chaque projet, même lorsque je change de style de dessin. Je croise les doigts pour que ça continue.
Qu’espérez-vous avec ce livre ?
Dominique Monféry : Rien ! À partir du moment où mes livres sont dans les mains des lecteurs, je les laisse se les approprier, se faire leur propre opinion, les interpréter comme ils le souhaitent.


