Pour débuter, je vous demande une biographie. Quel est votre parcours ?
Fabien Ronteix : J’ai d’abord fait des études industrielles. Mais rapidement, je me suis rendu compte que la voie vers laquelle je me dirigeais n’allait pas me rendre heureux. J’ai alors pris la décision de me lancer à fond dans une autre voie, celle de la bande dessinée puisque je passais mon week-end et mon temps libre à dessiner. Grâce à mes parents que j’ai pu convaincre de m’aider financièrement pour payer mes études, j’ai pu m’inscrire à l’école supérieure des métiers de l’image où j’ai réalisé quatre années d’études. Lorsque j’ai eu mon diplôme, j’ai travaillé un peu en freelance dans la publicité puis j’ai eu un premier contrat qui m’a permis de réaliser avec Jeff Legrand un triptyque autobiographique sur Bernard Hinault.
Comment s’est passée cette collaboration avec Jeff Legrand ?
Fabien Ronteix : La première fois que j’ai eu Jeff Legrand au téléphone, on a parlé longuement du processus de chacun pour trouver un bon équilibre pour le projet. Il m’a expliqué la façon dont il travaillait et inversement. Il m’a également demandé quel type de scénario je voulais recevoir et s’est organisé en conséquence pour me l’envoyer.
Comment était ce scénario ?
Fabien Ronteix : Il était très détaillé et fidèle à ce que je lui avais demandé : un scénario écrit page par page, case par case. Cela m’a permis d’aller beaucoup plus vite dans la réalisation du story-board et des planches, surtout que les délais étaient assez courts.

En tant que dessinateur, avez-vous procédé à de la documentation graphique pour réaliser adéquatement ce triptyque ?
Fabien Ronteix : Je me suis énormément documenté sur les sponsors et caractéristiques des maillots et vélos anciens (design, formes, couleurs). Ça a vraiment été la partie la plus compliquée puisque je ne suis pas un grand connaisseur de vélo ni de cyclisme. Bernard Hinault et l’éditeur ont quant à eux réuni différentes photos d’époque qu’ils ont ensuite mises à ma disposition. Jeff Legrand a aussi fait des recherches historiques sur le cyclisme.
Dans ces livres, vous optez pour un style de dessin jeunesse assez épuré. Quelle en est la raison ?
Fabien Ronteix : En effet. L’éditeur voulait plutôt un dessin réaliste, plus proche de l’esthétique des années quatre-vingt-dix, mais ce n’était pas mon époque, ni même quelque chose qui me plait. J’ai proposé ce style de dessin jeunesse, assez épuré et influencé par le manga, afin que les jeunes qui ne connaissent pas Bernard Hinault puissent le découvrir facilement.
Votre trait est effectivement influencé par le manga dans ce triptyque. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre de bandes dessinées ?
Fabien Ronteix : C’est l’émotion, l’expression des personnages qui est toujours exacerbée, décuplée. C’est quelque chose qu’on ne retrouve pas dans les anciennes BD franco-belges pour adultes, ni même dans les comics américains. C’est pour cela que le manga a eu un grand succès dans le monde.

Quels sont les mangas que vous aimez ?
Fabien Ronteix : Naruto et One Piece m’ont beaucoup plu. J’aime la détermination qu’ont les deux personnages principaux de ces livres à réaliser leur objectif et à se relever constamment, malgré l’erreur, les difficultés, l’échec. Ce sont d’ailleurs des œuvres qui ont transformé beaucoup de jeunes lecteurs. Je trouve cela très puissant. Ça montre que la bande dessinée n’est pas qu’un outil de divertissement ! Elle peut influencer les gens, les transformer, les aider à devenir de nouvelles personnes quel que soit leur âge.
Comment l’expliquez-vous ?
Fabien Ronteix : La bande dessinée est avant tout une histoire racontée et les histoires influencent les gens, changent le monde. Des sociétés entières ont évolué grâce aux histoires auxquelles elles ont accédé à travers l’art.
L’art vous a-t-il changé ?

Fabien Ronteix : Oui ! Lorsque je faisais des études industrielles, j’ai lu L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle, un roman qui m’a beaucoup influencé, a changé radicalement ma vie. Avant de lire ce livre, j’avais depuis longtemps envie de devenir auteur de bandes dessinées, mais je n’osais pas me lancer. J’avais peur de l’inconnu, peur de sortir de ma zone de confort pour aller vers une activité dont je ne connaissais pas les rouages. Ce livre m’a poussé à réaliser ce rêve que j’avais depuis longtemps pour être heureux, et ne pas avoir de regrets. C’est d’ailleurs cela le message du livre : ne pas avoir peur de construire un projet pour le réaliser si on ne veut pas avoir plus tard de regrets. Donc, pour moi, un film, un roman ou une bande dessinée peut vraiment changer la vie de quelqu’un. Quand le livre rencontre pleinement son lecteur et que celui-ci est ouvert ou recherche inconsciemment ce type d’histoires, ça le transforme en un autre être humain.
Quelles sont les autres œuvres, auteurs et autrices qui vous ont marqué ou permis de vous construire ?
Fabien Ronteix : En BD franco-belge, il y a Bastien Vives qui m’a influencé pour son sens de l’épure et sa manière de construire le story-board. Il a un découpage très cinématographique que j’admire. Djet, le dessinateur de la série Croquemitaines, m’a influencé comme Nicolas Petrimaux, l’auteur de Il faut flinguer Ramirez, un bouquin avec des illustrations magnifiques. En littérature jeunesse, il y a Frédéric Pillot, un auteur dont j’aime beaucoup l’univers et le sens du détail. En roman, il y a Fred Vargas, Caryl Férey, Virginie Grimaldi et Christian Jack, l’auteur du juge d’Égypte, une trilogie superbe, fantastique. En termes de construction de personnages et de scénario, Christian Jack m’influence énormément dans mon travail d’auteur de bandes dessinées.


Qu’est-ce qui vous plaît dans ce médium par rapport aux autres formes d’expression artistique ?
Fabien Ronteix : C’est l’art de l’ellipse. Pour nous qui faisons de la bande dessinée, le plus important, c’est d’arriver à gérer les ellipses pour que la narration avance correctement et que les lecteurs comprennent efficacement le récit.
Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui ont envie de se lancer en bande dessinée ?
Fabien Ronteix : De croire constamment en leurs rêves et projets. Ensuite, s’ils en ont les moyens, je conseille aux jeunes d’étudier dans une école d’arts graphiques pour se former au dessin durant trois ans au minimum afin d’accéder rapidement au marché. Ça ne veut pas dire que les autodidactes n’ont aucune chance. Un autodidacte qui dessine bien, travaille assidûment, parvient à se démarquer peut très bien percer dans la bande dessinée ! Il est aussi important de se constituer un réseau.

